Fièsse dèl sint Tchåle :

 

Les Compagnons de Charlemagne ont restauré cette fête pittoresque en janvier 1985, grâce à une idée de Raymond SMEERS (écrivain historique). Elle se déroule le dernier week-end du mois de janvier.

En 2019, celle-ci se aura lieu les 25 et 27 janvier.

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La fête au temps présent...

LE VENDREDI du dernier week-end de janvier, à 19 heures, débute le chapitre d'intronisation des nouveaux Compagnons de Charlemagne, au nombre maximum de douze, parrainés par des anciens. Sélectionnés lors de l'Assemblée annuelle de novembre, le candidat doit être évidemment de sexe masculin, adhérer pleinement au serment des Compagnons et se dévouer aux activités de La Charlemagn'rie ou représenter une organisation culturelle, sportive, humanitaire, commerciale... visant à créer des liens durables avec l'association. Mais pour être véritablement admis, les aspirants Compagnons doivent passer l'épreuve de la dégustation : un morceau de pain garni de lard et boire "ine gotte di pékèt Charlemagne" comme il se doit puis prononcer le Serment en wallon Pour agrémenter cette cérémonie, le parrain, en guise d'introduction, définit, humoristiquement, le candidat Compagnon par un quatrain ou par une autre petite poésie. En clôture, le chant "C'èsteût st'on Hestatî", écrit spécialement pour les "K'pagnons d'Charlèmagne" par Dieudonné BOVERIE sur une musique d'Albert LEPRINCE est alors interprété par toute l'assemblée.

Depuis 2004, s'est ajouté à la cérémonie initiale, la remise d'une médaille d'ancienneté : les "Mèsses Kipagnons" (après 10 ans) et les "Hauts Mèsses" (après 20 ans). Depuis 2016 sont également mis à l’honneur les compagnons ayant 30 années d’ancienneté au sein du groupement.

A 20 heures, c'est le départ du cortège aux flambeaux dans les rues du quartier de La Préalle, une fanfare ouvrant la marche suivie de la statue représentant Charlemagne portée par deux compagnons. Sur le parcours, une halte "pékèt" est prévue afin de réchauffer tous les participants. Chaque année, le quartier diffère. Au retour, les Compagnons et sympathisants se rendent à l'église de La Préalle-bas pour la Cérémonie du lard qui consiste à enfiler symboliquement une fine tranche de lard sur l'épée de Charlemagne.

Vers 21 heures, imitant leurs aïeux qui se réunissaient volontiers pour de joyeuses agapes, les Compagnons entourés de leurs familles et amis achèvent la soirée à La Charlemagn'rie afin d'y déguster la potée préallienne (pommes de terre, haricots verts, lard et autres ingrédients gardés secrets) bien sûr, largement arrosée.

 

LE DIMANCHE matin, à 10h30, une messe en wallon est célébrée à l'église de La Préalle-bas, animée par un ensemble vocal et instrumental, créé spécialement à cette occasion ; avec bien entendu la participation des Compagnons de Charlemagne, anciens et nouveaux, revêtus de leur uniforme. Celui-ci se compose d'une tunique bleue, d'une lavallière rouge, d'une épitoge blanche, frangée or, à l'effigie de Charlemagne.

Vient ensuite, à midi, la non moins célèbre "fricassée au lard". Ce déjeuner se prolonge jusqu'aux premières heures de la soirée avec le très attendu cabaret humoristique franco-wallon.

 

Quelle est l'origine de cette activité qui relève autant de la cérémonie que de la fête ?

Le 29 décembre 1165, l'empereur schismatique Frédéric Ier se couvrant de l'autorité religieuse de l'antipape Pascal III appela Charlemagne au rang des élus dans le but de raffermir l'autorité impériale germanique. Ce ne fut qu'un acte purement politique mais aucun pontife légitime de l'église catholique n'a contesté la validité de cet acte. Depuis, la coutume était de fêter la saint Charlemagne le 28 janvier, jour anniversaire de sa mort. C'était un jour de bombance fixé à une date idéale pour entamer le lard du porc abattu peu avant la fête de Noël.

A l'église de la Licour, dédiée à saint Charlemagne et Notre-Dame, on célébrait, à 10h30, une grand-messe solennelle. Les habitants de la Préalle s'y rendaient en cortège, bannières en tête, voulant ainsi rendre hommage à l'empereur né dans le hameau. à leur arrivée, les participants auxquels s'associait la population herstalienne, faisaient trois fois le tour de la statue placée pour la circonstance dans le choeur de l'église. à l'offrande, les tranches de lard étaient piquées sur l'épée de Charlemagne. La journée se clôturait par les fêtes, des danses et surtout un repas largement arrosé de cervoise, de vin, d'une espèce de genièvre ou des trois à la fois et ce, aussi bien le vendredi, jour maigre, que n'importe quel autre jour de la semaine. Comme toute fête qui se respectait, elle se terminait généralement dans la débauche et par des bagarres. Le clergé, irrité par ces coutumes devenues païennes et la non observance des rites chrétiens, finit par interdire ces fêtes et renfermer la statue dans une petite chapelle inaccessible au public.

Cette procession fut supprimée tout au début du 19ème siècle et en guise de représailles envers le clergé, les Préalliens ne descendirent plus jusqu'à La Licour mais consommèrent le plat défendu chez eux, en famille, même le vendredi au grand dam des doyens successifs qui n'hésitèrent pas à qualifier ces fêtes d'hérésie païenne.

Quant à l'offrande du lard, elle paraît être à la fois d'ordre religieux et païen.

Au Moyen âge, la paroisse de La Licour dépendait depuis Lothaire II (869) de Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle qui en percevait la dîme. Cette redevance était également supportée par les habitants de La Préalle. Le don en matière d'une pièce de lard au curé de La Licour laisserait supposer qu'il s'agissait d'un vestige de cette ancienne imposition. En ce qui concerne la nature de l'offrande, elle n'a rien d'étonnant puisque l'élevage du porc était pratiqué par la population préallienne. Elle pourrait aussi avoir eu des racines dans l'ancien paganisme des Francs chez qui la race porcine était en grand honneur lors des sacrifices aux divinités, en particulier à Wotan, dieu germanique de la guerre qui occupait le rang suprême. Les dieux irradiaient, paraît-il, les morceaux de lard donnant ainsi à ceux qui s'en nourrissaient force et courage au combat. La construction d'une église à la Préalle en 1856 ne suffit pas à détourner les Préalliens de leur coutume "charlemagno-culinaire". évidemment, celle-ci en fut fortement atténuée. Raymond SMEERS a trouvé trace d'une confrérie "Saint Charlemagne" dans un ordre de marche établi à l'occasion de la procession qui se déroulait lors des fêtes paroissiales de La Préalle, au cours des années 1891, 94 et 95, sous le ministère du curé Joseph NYSTEN. En 1925, le matériel de cette confrérie était entreposé, d'après Monsieur Fernand COLLETTE, au 1er étage du numéro 37 de la rue Verte. à partir de 1929, il n'est plus fait mention de la dite confrérie. Maintenant la "Fièsse dèl Sint Tchåle" a retrouvé droit de cité à La Préalle...